La nuit du 4 août reste dans nos mémoires. Elle est décrite dans tous les livres d'histoire. Elle fait les colonnes de nombreux journaux de la presse nationale et locale. C'est au cours de cette nuit célèbre que fut abolie la féodalité, les privilèges, et que l'égalité entre tous les hommes put être affirmée; rappellons-nous qu'il ne s'agissait que des hommes, les femmes et les domestiques restant des êtres inférieurs, pour plus d'un siècle encore... Mais un premier acte, capital, devait se jouer cette nuit là, fût-il symbolique, l'égalité ne se décrétant pas,mais se construisant quotidiennement.

Qu'en est-il aujourd'hui, alors que les citoyenNes françaisEs ont le droit de vote? D'abord, ils-elles sont nombreuxEs, celles et ceux qui vivent sur le territoire, paient des impôts et ne peuvent participer à la vie démocratique de la cité, pour des raisons administratives complexes ou tordues, parce que sans papiers, parce que incarcérés mais sans perte pourtant de droits civiques, parce que handicapés, parce que sous tutelle, parce que tout simplement malades...

Et si l'on pense le terme de privilèges, dans une acception plus étendue pouvons-nous affirmer leur abolition aujourd'hui, alors que les disparités sont chaque jour plus grandes entre celles et ceux qui ont un travail et celles et ceux qui n'en ont pas, entre celles et ceux qui poursuivent des études et celles et ceux qui galèrent, entre celles et ceux qui jouissent des privilèges de l'argent et celles et ceux qui cherchent à joindre les deux bouts, entre celles et ceux qui ont accès à la médecine dès la moindre alerte et celles et ceux qui attendent le début du mois pour consulter, entre celles et ceux qui bénéficient d'une qualité du cadre de vie et celles et ceux qui subissent la misère écologique, entre celles et ceux qui détiennent le pouvoir et celles et ceux qui le subissent.

Qu'il s'agisse de privilèges civiques ou de privilèges matériels, la césure est bien là, et si les années qui ont suivi la fin de la 2ème guerre mondiale ont été propices à leur atténuation, dans les pays occidentaux tout au moins, il ne semble plus en être de même aujourd'hui : les journaux, au travers de leurs rubriques social, libertés, terre, culture,justice, loisirs, Outre-Mer relatent chaque jour des situations plus graves, des rapports entre les personnes plus tendus, des privilèges indécents vis-à-vis de la majorité de la population; et que dire du slogan inventé par le locataire de l'Elysée et de toutes les lois actuelles destructrices du droit du travail, de l'éducation, de la santé, du logement, d'expression, qui creusent les écarts entre ceux qui sont des possédants et ceux qui ne le sont pas, entre ceux qui décident et ceux qui subissent, entre ceux qui disent et ceux que l'on fait taire...

Les Français sont en vacances, en cette nuit du 4 août, et même s'ils sont aujourd'hui plus de 53% à ne pas pouvoir partir, ils préfèrent dire que symboliquement, les privilèges n'existent pas dans notre pays. Mais les habitants disent aussi stop au démentellement de notre société, ils nous interpellent sur les moyens à trouver pour une société renouvelée, sur des bases autres que seulement économiques et consuméristes, une société solidaire et tolérante.

Poursuivons l'abolition des privilèges!