Le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) c’est près de 19000 emplois sur la communauté urbaine MPM, 41300 sur le département (hors emplois de sous-traitance), avec un taux de croissance supérieur à l’ensemble de l’emploi sur l’agglomération et sur les Bouches-du-Rhône, jusqu’en décembre 2008. Et le port, c’est de la richesse investie, de la taxe professionnelle, pour l’ensemble des collectivités territoriales, pour tous les habitants.undefined

Nécessité oblige : des compétences se sont forgées : école de la marine marchande, pilotage, armement, maintenance, réparation, avitaillement, manutention, administration, remorquage… Ces compétences extrêmement diversifiées ont permis au Port de répondre aux attentes de l’ensemble des utilisateurs. Une voiture peut-elle régulièrement rouler sans révision ? un navire peut-il naviguer au long cours sans réparation navale ? bien sûr que non, et les navires, comme les voitures, risquent alors de détourner leur route vers d’autres points d’accostage. Point de grand port donc, sans réparation navale.undefined

Mais l’activité portuaire est confrontée aujourd’hui à une crise structurelle et conjoncturelle sans précédent avec une diminution de l’activité de 24% entre janvier 2008 et 2009.

D’abord, la réforme portuaire, votée à la hussarde par le Parlement, passe mal, dans un climat de méfiance et de conflits entraînant des mouvements sociaux répétés et donc retards et blocages inadmissibles pour les clients du Port.

Ensuite, la crise économique affecte les flux de pétrole et de gaz (qui constitue la part la plus importante à Marseille), bientôt le trafic passager et croisières ainsi que l’ensemble de l’activité de fret. À ces données économiques incontournables se greffe à Marseille, depuis trop longtemps, un malaise social que la crise actuelle ainsi que les réformes en cours ne font qu’aggraver. À cela s’ajoute une concurrence entre les différents ports de la Méditerranée face à des volumes de fret non indéfiniment extensibles.

La seule question qui vaille est celle-ci : quand les acteurs économiques et sociaux arriveront-ils enfin, à Marseille comme dans d’autres métropoles portuaires, à dialoguer sereinement, à s’écouter et à partager une vision commune de l’avenir de leur port ? Pourquoi l’ensemble des acteurs du Port semblent-ils condamnés à entretenir des rapports sociaux dignes du XIX ème siècle dont personne n’arrive à déchiffrer les logiques ? N’y a-t-il pas d’autres modes de gouvernance possibles ?

Quand le GPMM, avec l’appui des collectivités territoriales et de l’Etat, se mettra-t-il enfin en scène, dans la double perspective de l’aménagement du territoire et du développement durable, gage d’un développement harmonieux ?

Car penser le port de Marseille, c’est envisager un port qui se déroule de la Méditerranée à Pagny , un port qui inonde l’Est de notre région, le Sud-ouest et le nord de notre pays, en direction de l’Europe du Nord. C’est rechercher ou créer la diversité des infrastructures en voies mer - fleuve – fer – pipelines - routes. C’est se replacer dans l’équilibre des ports européens, c’est participer à la construction d’une Europe économique et sociale.

Le Grenelle de l’environnement et le Parlement européen ont souligné les qualités du transport par bateaux et réseaux ferrés : moindres émissions de gaz à effet de serre, moindres atteintes à l’environnement, moindres consommations en énergies fossiles… Un Grenelle de la mer a été annoncé, qui abordera certainement les questions de richesses de la mer, des fonds sous-marins, des réserves halieutiques, mais également les risques de pollution, le remplacement de moteurs et de technologies maritimes anciennes… Avec des compétences humaines encore incontestées, avec des infrastructures portuaires rénovées, un accès ferré en bordure de quais, une « forme 10 » encore unique sur le pourtour méditerranéen, le GPMM et l’ensemble de ses acteurs, ont les outils nécessaires à sa revitalisation et à son renouveau. Il ne lui manque finalement qu’une seule chose et ce n’est pas la moindre : une volonté politique forte qui porte un projet global, qui transcende les intérêts particuliers tout en respectant les acteurs et qui redonne enfin sa place au Grand Port dans une ville qui souffre cruellement d’une vision précise de son avenir. Et dès lors, la barrière imaginaire entre Marseille et son port pourra s’effacer.