Rappelons-nous, les 6 et 9 août 1945 explosaient sur Hiroshima et Nagasaki les deux premières bombes atomiques, faisant des milliers de morts, produisant la mort lente d'autres milliers d'êtres humains.

Qu'est ce que le devoir de mémoire? d'abord dire que les choses ont existé, et nous les nommons : rien n'est plus terrible que de se heurter au non-dit, qui est le trou béant, le vide et non la négation des faits.

Le devoir de mémoire, lorsque la chose est dite, c'est le travail sur le fait, le travail sur la naissance de l'acte, sur le pourquoi, avec qui, quels moyens, comment... Tout ce qui doit, qui devrait nous permettre de ne pas reproduire l’Histoire. Il est de notre responsabilité de dire combien l’Histoire est essentielle à notre existence, qu’elle ne doit pas disparaître des classes et collèges, des livres et des films, dans notre pays comme ailleurs.

Bien sûr, des tas de choses ont été dites, écrites sur ces deux bombes, donnant des arguments pour et contre leur largage, pour ou contre leur utilisation comme moyen d’en finir avec une guerre terrible, pour ou contre leur utilisation comme moyen de mettre fin aux pertes humaines américaines (rappelons-nous cependant que ces pertes, toujours trop importantes ne représentèrent même pas les pertes françaises à Verdun).

Mais le largage de ces bombes, c’est aussi un acte symbolique, et les politiques connaissent la valeur du symbolique, qui permet de signifier l’affirmation d’une puissance nouvelle, d’un empire nouveau, celui des Etats-Unis et de l’Amérique. L’Histoire se répète, puisque nous devons nous rappeler que la fin de la 1ére guerre mondiale s’était soldée par un traité désastreux, le traîté de Versailles, d’abord fait pour humilier et aviliser nos adversaires.

Le devoir de mémoire, c’est de regarder au travers de tous ces derniers épisodes de l’histoire mondiale la montée des mouvements d’extrême-droite, les arguments, moyens et arcanes que ses dirigeants ont mis en place et qui ont permis aux peuples de se dresser les uns contre les autres.

Hiroshima et Nagasaki, personne ne nie.

Depuis, les extrémismes, affichés ou non de droite, ont entraîné les guerres coloniales, les guerres post-coloniales, la guerre froide, les guerres du Proche et du Moyen Orient et celles d’Amérique Latine. Notre devoir de mémoire, c’est, non pas faire du pacifisme qui n’a pas de sens autre qu’idéologique me semble-t-il, mais c’est de trouver, de comprendre, de dénoncer tous ces mécanismes politiques, financiers, économiques qui amènent à un état du monde tellement en tension, où 1/6ème de la population n’a pas accès à l’eau potable, où plus de 800 millions d’individus souffrent directement de la faim .

Mais pourtant, notre devoir de mémoire pourrait nous faire dire que mieux vaut avoir un ennemi que pas du tout; le reconnaître, c’est reconnaître l’autre en tant qu’autre, et donc accepter que que nous ne sommes pas tout puissants.