Sauvons la recherche : halte à la précarité dans l'enseignement supérieur et la recherche
Par marianne le jeudi 22 octobre 2009, 22:24 - Actualités - Lien permanent
Le
collectif "Sauvons la recherche" s'adresse aujourd'hui encore, avec les
organisations syndicales, à l'ensemble des chercheurs, à l'ensemble de la
population de notre pays. Examiner le statut des chercheurs n'est pas notre
propos , mais il nous apparaît essentiel d'exiger la mise en adéquation entre
la soi-disant volonté politique des dirigeants de défendre la recherche avec la
condition personnelle et les conditions de travail de celles et ceux qui
cherchent.
En effet, comment un ministre ou un bon gestionnaire peut imaginer un travail de recherche ambitieux et à moyen terme si, au quotidien, les chercheurs sont obligés de négocier des financements pour leur travail, s'ils sont obligés de chercher des compléments dans le privé pour poursuivre le travail entamé, si, lorsqu'ils ont entamé une recherche précise, ils ne savent pas si leur emploi pourra se prolonger tout au long de leur étude ou travail, si cela pourra enrichir leur travail à venir, se poursuivre dans des publications... Et pourtant la précarité de leur emploi est bien souvent de mise;
Nos chercheurs sont bien souvent bardés de diplômes, ils forment des communautés de travail avec des techniciens, des enseignants, des thésards ou des étudiants. Certes, comme dans tant d'autres professions, des compte-rendus d'activités, des évaluations, des résultats sont demandés et cela est normal : et bien peu sont soucieux de ces évaluations, la qualité du travail ne faisant pas défaut; et notre communauté de recherche, qu'il s'agisse des universitaires ou des CNRS sont encore aujourd'hui reconnus, malgré les moyens mis à leur disposition et la diminution d'estime de la part des politiques et de la société. Mais peut-être qu'une partie de nos dirigeants a oublié l'impérieuse nécessité des recherches non directement applicables, en sciences humaines comme en sciences "dures".
Nous n'avons guère de matières premières, pas plus que d'énergies, mais nous avons, aujourd'hui encore, une matière grise volontaire, celle de nos chercheurs, qui aiment leur métier, qui souhaitent faire progresser la science et la connaissance, qui a envie de les partager; ne les sacrifions pas en les laissant au mains de comptables et de gestionnaires, en diminuant chaque jour davantage leurs crédits, en les destabilisant trop profondément dans leur équilibre personnel. D'autres pourraient bien accélérer leur quête de têtes bien pleines et bien ordonnées.
Pourquoi un questionnaire sur la précarité dans l'enseignement supérieur et la recherche publique ?
Aujourd’hui la précarité mutile la vie de milliers de personnes et déstructure le travail dans les laboratoires et les services. Elle n’est pas une fatalité, mais un choix délibéré des gouvernements successifs.
A la fin des années 70, la bataille sur les CDD a permis la titularisation de milliers de précaires. Ces dernières années dans la recherche, sous la pression syndicale, les ministères et les grandes fondations caritatives ont renoncé aux libéralités, sans que le phénomène disparaisse du fait des petites associations et des caisses noires. Aujourd'hui, la bataille menée par les syndicats et le collectif Génération Précaire a contraint le gouvernement à règlementer le recours aux stages afin d'éviter les pratiques abusives. Les luttes du printemps ont obligé le pouvoir à annoncer qu'il ne supprimerait aucun poste dans les universités et les organismes en 2010 et 2011.
Les syndicats et associations soussignés de l’enseignement supérieur et de la recherche veulent faire de l’année universitaire 2009-2010 une période de lutte contre la précarité, avec la participation de tous les précaires et de tous les titulaires. Connaître les réalités pour défendre les précaires
Dans la jungle des durées et des modes de rémunération, dans la diversité des sources de financement, dans l'émiettement des situations, il faut connaître la réalité pour permettre aux précaires de se défendre, pour faire respecter leurs droits élémentaires auprès de leur employeur, pour les soutenir dans leurs demandes les plus immédiates, pour obtenir un emploi stable pour chacun d’eux. Alors que le ministère a toujours refusé de faire un recensement exhaustif, qu’il minore le problème, qu’il nie la variété des situations de souffrance, nous voulons mettre en évidence l’ampleur de la précarité. C'est pourquoi nous demandons à tous les collègues permanents et précaires de faire circuler ce questionnaire. Une politique délibérée
Combien y a-t-il de précaires dans l'enseignement supérieur et la recherche ? Trente ou cinquante mille, voire plus ? Nous ne le savons pas. Mais il existe au moins 6000 CDD financés par l'ANR, alors que, parallèlement, le nombre des personnels statutaires du CNRS (25233) est inférieur à celui de 1993. Dans les universités, le gouvernement finance le « plan licence », une « mission d'insertion », l'équivalence TP-TD (qui devrait être appliquée à tous) sur heures complémentaires, pour ne pas créer d'emplois. De très nombreux précaires exercent des missions pérennes de nature administrative, technique, de recherche ou d'enseignement (centres de Français Langue Etrangère par exemple).Pourtant, les besoins de créations d'emplois sont immenses pour préserver le temps de recherche, comme pour assurer l'encadrement des étudiants. La crise n’y est pour rien
Ce n'est même pas aujourd'hui une question d'argent. L'intégration dans les statuts existants de nombre de précaires ne coûterait rien à court terme car l'argent existe déjà (ANR, crédits d'établissements, etc.). De plus la création de 6000 emplois de titulaires par an ne coûterait, en Euros, que 300 millions de plus par an, alors que le gouvernement met chaque année 4 milliards pour le Crédit d'impôt recherche, sans évaluation de son efficacité en terme de développement de la recherche, 3 milliards pour diminuer la TVA sur la restauration et dilapide 15 milliards dans « le paquet fiscal ». Une remise en cause des statuts de titulaires
La précarité n'est pas seulement un scandale social, c'est aussi le moyen d'attaquer progressivement les statuts de titulaires. Dans une pénurie organisée de postes et crédits de base, elle est la meilleure façon de faire accepter aux équipes un mode de fonctionnement sur contrats à court terme. Ce processus enlève toujours plus à chacun, établissement, laboratoire ou individu, sa marge d'initiative scientifique, tout en bureaucratisant notre système. La précarité est l'affaire de tous
Nous appelons les responsables d'établissements et de laboratoires à faciliter la diffusion de ce questionnaire. Nous demandons aux organisations syndicales de se concerter pour organiser les précaires localement, dans les formes qu'ils souhaiteront pour faire remplir le questionnaire et intervenir pour exiger le recensement des besoins. Nous souhaitons que dans tous les conseils d'université, d'organisme, d'UFR, de laboratoire, … des motions soient proposées, demandant notamment des créations de postes programmées et à la hauteur nécessaire.
Les organisations soussignées s'adresseront aux parlementaires pour que le budget 2010 constitue une première étape dans la résorption de la précarité par des mesures d'intégration et par des créations d'emplois de titulaire.
* SNTRS-CGT, FERC-SUP CGT, CGT-INRA, CGT-IFREMER * SNCS-FSU, SNESUP-FSU, SNASUB-FSU, SNEP-FSU, SNETAP-FSU * SGEN-CFDT Recherche EPST * SUP'RECHERCHE-UNSA, SNPTES-UNSA * CFTC-Recherche * SUD Education, SUD Recherche EPST, SUD Etudiant * UNEF * SLR * SLU