Nombreux ont été les participants au Grenelle de l'Environnement qui se sont élevé contre une agriculture intensive, contre l'augmentation massive d'entrants dans les cultures et dans l'élevage. Mais si le gouvernement veut nous faire croire que grâce au Grenelle de l'Environnement, la qualité de l'alimentation des citoyens sera de meilleure qualité, il opère là un raccourci qui ne doit pas nous tromper.

Les agriculteurs, tout d'abord

Car le gouvernement oublie de dire que ce ne sont pas les agriculteurs qui fixent leurs conditions de travail, la qualité de leur travail et le prix des produits de leur travail, mais ce sont bien d'une part les grandes bourses internationales concernant les grains, les céréales, le café, le chocolat, d'autre part la grande distribution avec la complicité de la Commission Européenne et de M. Barroso et l'appui non masqué du gouvernement français. L'épandage de la production laitière par des producteurs à bout de ressources en est la meilleure illustration.

Les contrats entre agriculteurs et consommateurs, qu'il s'agisse dans notre département, des AMAP ou des Paniers Marseillais permet de garantir aux agriculteurs un revenu; il permet aux consommateurs de redécouvrir le rythme des saisons, des saveurs oubliées par la production industrielle. Désormais, l'offre se diversifie, avec des apports de fruits, de viande, de poisson; le tout se passant dans la proximité, sur le quartier; et à celles et ceux qui pensent que ces produits de qualité sont plus onéreux, les producteurs garantissent moins d'eau, moins de déchets, plus de gourmandise.

Nous savons bien que même si nous le voulions demain, il ne serait pas possible de nourrir les habitants d'une grande agglomération comme Marseille avec ces seuls contrats. Près de 800 familles se sont insérées dans ces réseaux et les listes d'attente grandissent régulièrement. Mais aujourd'hui, le prix du foncier est très élevé, les coûts d'installation pour les jeunes agriculteurs sont également très élevés, la production en agriculture biologique ou en reconversion est beaucoup plus soumise aux aléas de la météo et nécessite une main d'oeuvre plus nombreuse; et les aides sont bien maigres:toutes choses qui freinent pour ne pas dire plus les nouvelles exploitations, les nouvelles vocations.

La protection des zones agricoles doit être mieux assurée, la promotion des ventes de proximité et de qualité doit être étendue, l'agriculture équitable de proximité doit être reconnue, contrairement à ce qu'a voté le Parlement, le travail des agriculteurs, cultivateurs et éleveurs doit être respecté, contrairement à ce que font les grandes compagnies. Les collectivités territoriales, comme vient de le voter le Conseil Général, doivent participer à cet effort qui concerne la population tout entière et notre environnement dans sa globalité.

Quelques mots sur le commerce de proximité, maintenant

Les urbanistes, les sociologues, les aménageurs s'aperçoivent aujourd'hui que le commerce de proximité est une composante essentielle de la vie de quartier, des relations sociales de voisinage. Pourtant, les sages que sont les anciens ne le disaient-ils pas, simplement, en parlant, dans notre ville de "noyau villageois", ailleurs en rappelant les vertus de la centralité avec la mairie, l'école, la poste et les services publics, l'église, les petits commerces et les services de santé. Tout n'est sans doute pas réinventer quotidiennement!

Aujourd'hui les grandes surfaces commerciales hors des villes ont moins la cote. Notre plus grande acuité gustative nous rend exigeant quant à la qualité des produits frais, fruits et légumes en particulier. De plus en plus de consommateurs sont bien conscients qu'il est difficile de résister à la multiplicité des offres proposés par les spécialistes de la grande distribution, même en temps de pénurie. Les rayons alimentaires, nous en prenons chaque jour plus conscience, ne sont-ils pas démesurés, disproportionnés vis à vis de nos besoins quotidiens.

Les 35 heures nous ont appris également ou nous ont fait redécouvrir que nous pouvions avoir d'autres occupations et plaisirs que le travail et la consommation dans la vie. Les consommateurs, aujourd'hui, prennent moins de temps pour les courses alimentaires; et toutes les études économiques montrent que le temps nécessaire aux achats de la vie courante est raccourci de manière significative (plus de 50%) en utilisant la proximité plutôt que les grandes surfaces de périphérie. Même si notre durée de vie s'allonge, prenons du temps chaque jour pour nous et la société!

Et de surcroit, à l'heure où tout le monde parle de réduction des Gaz à Effet de Serre, les études de l'ADEME montrent que si l'on fait son marché dans une grande surface, on émettra un poids X de gaz carbonique, en se rendant (en voiture) on émettra un poids X divisé par 5, et si l'on se déplace à pied ou si l'on commande par internet et que l'on se fait livrer, on émettra pour le même panier un poids X divisé par 10!

A l'heure de la révision du Plan Local d'Urbanisme de Marseille, il est urgent que se mette en place une véritable concertation pour que soit définie une vision à moyen terme du commerce de proximité dans notre ville, mais aussi sur l'ensemble du territoire avec un plan d'aide au commerce de proximité qui englobe les maisons de gestion, les modalités de livraison, les heures d'ouverture...

Notre pouvoir d'achat, essentiel

Nous devrons trouver au moins deux façons de le maintenir, voir de l'enrichir! Tout d'abord en tirant parti de ce qui a été plus haut; en achetant mieux, à proximité. Loin de moi l'idée de la décroissance, mais arrêtons notre boulimie dépensière, celle qui masque notre inquiétude, notre insécurité sur demain, sur le futur des générations à venir. Nous avons toutes et tous nos plaisirs, plus ou moins lointains, plus ou moins accessibles, qui d'un voyage, qui d'une maison plus confortable, qui d'une vie sociale plus ouverte: le "travailler plus pour gagner plus", cher au Président de la République, n'a pas fait ses preuves, à ce jour, me semble-t-il!

Et notre pouvoir d'achat, c'est aussi comment utiliser mieux les services qui nous sont proposés, dans le transport par exemple : chacun connaît le prix de revient d'une voiture; certains ont déjà fait la triste expérience de n'avoir plus assez pour remplir le réservoir. Mais la voiture, c'est aussi un coût social pour tous, celui de la chaussée à remettre régulièrement en état, celui de la santé par les pollutions et le stress qu'elle engendre, par les réparations sur les personnes accidentées, sans compter les décès... les moyens de communication sont désormais nombreux, certes à améliorer, qu'il s'agisse de l'informatique, de la téléphonie, des transports en commun ou de la mobilité douce, il nous appartient de les utiliser.

Il ne s'agit que d'un exemple, juste pour dire que notre pouvoir d'achat n'est pas seulement dans notre caddie, et que si nous voulons l'enrichir, en même temps que nous voulons mieux vivre, des solutions nouvelles sont à découvrir, à inventer, en rapprochant, toujours, le consommateur du producteur; l'exemple a été donné sur l'alimentaire, parce que se nourrir est un droit fondamental; mais les exemples sont nombreux, y compris dans les produits manufacturés. Et sans parler de la question de la réparation, et donc de la place de l'artisanat!

Trouver de nouveaux objectifs, de nouveaux espoirs, nous pouvons sans aucun doute y contribuer, mais en passant de la consommation à la consomm'action.