Le 11 novembre sans "Poilus"
Par marianne le mercredi 11 novembre 2009, 19:39 - Actualités - Lien permanent
Le dernier de la "grande Guerre" s'est éteint il y a peu, et avec lui, un certain sens des commémorations de l'armistice du 11 Novembre 1918. Nous pouvons nous souvenir, nous devons nous souvenir. Mais est ce là le seul sens de cette journée?
Comment ne pas regarder la manière dont l'Histoire a été utilisée au fil des temps. Mes études d'histoire (ma formation première) sont loin. Au lycée on nous enseignait les grandes dates de l'Histoire de France; cela nous permettait d'avoir des repères sur le temps qui se déroule, depuis la Grèce antique jusqu'à nos jours, au tout au moins jusqu'à 1945. Les programmes se sont enrichis, jusqu'à la Vème République dans le déroulement, avec des thématiques plus larges telles que l'histoire des grandes civilisations, quelques éléments d'histoire économique ou au moins de "modes de vie" liés à la temporalité. Sans oublier l'histoire de l'Art, Léonard de Vinci, Versailles, le Roman et le Gothique, peut-etre même le Baroque. Vision volontairement caricaturale de ma part, j'ai souffert à devoir apprendre des séries de dates! mais nous pouvions nous situer un minimum dans le temps, à défaut de nous situer dans le Monde, son histoire et sa géographie!
Et puis, l'Université, le temps qui s'est écoulé, nous ont fait découvrir la diversité de l'Histoire, la multiplicité des Histoires, les lectures de l'Histoire : celles des sociétés, celle des religions, histoire des outils, des religions, des économies..., histoire des idées, celles de liberté, de bonheur, de patrie. Nous avons pu, ainsi, découvrir d'autres lectures possibles des mêmes évènements. Cela nous a aidé à penser, à aiguiser notre pensée critique, à relativiser, ordonner, à prioriser, à faire de la Politique. Juste une part de mon cheminement, mais non exclusif!
Aujourd'hui, des collégiens ont lu la déclaration d'Armistice du Maréchal Foch, après avoir, grâce à leurs enseignants, pu apprendre quelques dates de la Grande Guerre, quelques-unes des ses conséquences, en termes de nouvel équilibre politique des pays du monde, en termes de nouvel équilibre économique du monde, en termes aussi de nouveaux rapports entre la ville et la campagne, de la place nouvelle et affirmée des femmes dans la vie sociale et économique, en termes de construction de nations; en termes également de conséquences désastreuses de l'humiliation d'un peuple par un autre peuple.
Que
devient notre "devoir de mémoire" alors que notre Mémoire chaque jour se
transforme : quelles peuvent être nos lectures du traité de Versailles,
comment les confronter, les rassembler, celle de la fin du XIXème siècle, celle
de la fin de la constitution des états européens, celle de l'essor du
colonialisme, celle des fondements, en partie, de la Seconde Guerre Mondiale,
celle d'une première conscience de l'histoire de la planète par la création de
la SDN; celle aussi d'une nouvelle division du monde, entre les pays
capitalistes et communistes, entre les mouvements nationalistes et
internationalistes...
Si les idées ont fait leur chemin tout au long du XXème siècle et nous ont permis des lectures nouvelles, l'histoire des guerres elle s'est répétée, avec des formes parfois nouvelles, touchant tous les continents, tous les peuples, toutes les cultures et confessions. Le droit à la différence régresse, le regard sur l'autre est trop souvent indifférent, voir intolérant.
Le "devoir de mémoire" que nous avons rappelé aujourd'hui doit nous permettre, à chacune et chacun, les lectures multiples de notre Histoire, celle d'hier et celle d'aujourd'hui. Et pour moi, il est de mon devoir d'élue, de contribuer, à l'échelle de mon territoire, à ces lectures multiples de l'Histoire qui forment notre patrimoine.
Un site interessant à consulter concernant nos regards sur l'Histoire : comité de vigilance face aux usages publics de l'Histoire : http://cvuh.free.fr/