Monsieur le Maire, chers collègues,

Je me réjouis, Monsieur le Maire que vous présentiez le rapport 153 en début de rapports de la commission Développement Durable, car nous étions inquiet de l’absence quasiment complete de référence au Plan Climat territorial et à Copenhague.

Car nous avons voté le Plan Climat de la ville de Marseille en décembre dernier, en mettant l’accent sur la nécessité de rentrer rapidement dans le concret.

Depuis, nous avons voté diverses délibérations, pour des opérations un peu spectaculaires, comme une ferme photovoltaïque à Entressen (dont il serait d’ailleurs intéressant de connaître le bilan carbone) ou des panneaux à la Friche de la Belle de Mai et au Palais de la Glisse. Ces premières mesures sont un peu symboliques, mais elles ont le mérite d’exister. Néanmoins on peut dire que rien d’essentiel n’a encore été accompli permettant une diminution significative et à long terme des émissions de Gaz à effet de serre à Marseille.

La préparation du sommet de Copenhague ainsi que la déclaration de Hambourg sont importants, mais nous sommes là encore dans les intentions et les bonnes paroles et nous ne pouvons que les approuver. Hambourg signifiera l’engagement de Marseille dans le cadre de Copenhague, mais nous souhaiterions maintenant rentrer vraiment dans le concret.

L’important et l’urgent pour les générations futures, c’est de diminuer nos émissions de CO2 et autres gaz. La première mesure extrêmement concrète et nous vous l’avions déjà dit lors du vote du Plan Climat, c’est de réaliser le bilan carbone de la ville ; celui-ci repose sur une méthodologie bien rodée mise en place par l’ADEME ; j’espère que cette première étape est en train d’être réalisée, vous nous le direz tout à l’heure.

Je voudrais aller plus loin dans le concret pour pointer un certain nombre de contradictions entre vos paroles et l’action quotidienne de vos services.

Un nième habitant m’a alertée sur le refus dont son permis de construire a fait l’objet, à cause d’une proposition de toit terrasse végétalisé qui ne correspond pas à ce qui se fait d’habitude. Vos adjoints connaissent ce dossier (que j’ai ici à votre disposition, Monsieur le Maire) et j’espère bien que nous pourrons trouver très rapidement une solution conforme à l’intérêt général.

Si nous voulons progresser, il est urgent, Monsieur le Maire, qu’un plan de formation d’envergure soit mis en place pour le personnel municipal afin qu’il soit incité à développer des pratiques et des approches nouvelles.

Autre exemple, concernant l’urbanisme. Le quartier du Rouet est en pleine mutation; les travaux sont bien avancés. Mais, en le parcourant, n’avez-vous pas remarqué, M. Le Maire, l’étroitesse des voies : les immeubles sont passés de 2 étages à 7 ou 10 étages, mais les rues n’ont pas été élargies. Conclusion: outre l’inconfort pour les habitants, les 3 premiers étages ne voient pas le ciel, la lumière est allumée en permanence, le soleil hivernal ne vient pas tempérer les appartements; malgré les préconisations de l’AGAM présidée par M. Vallette et dont j’assure le secrétariat du bureau, les mêmes erreurs sont en train de se reproduire dans le 2e secteur, également en pleine restructuration. Il est nécessaire de densifier la ville, mais pas n’importe comment ni à n'importe quel prix. Une véritable « révolution » des pratiques de l’urbanisme doit s’opérer dans la ville, conciliant histoire, patrimoine, modernité et écologie.

Je pourrais aussi, M. Le Maire, sans vouloir envenimer la polémique vous parler de la construction de logements à La Belle de Mai sur le dernier espace vert du quartier : nous savons tous que les espaces verts contribuent largement à la lutte contre le réchauffement climatique, également à la lutte contre l’échauffement des esprits. Allions notre action à notre discours.

Dernier exemple, Monsieur le Maire. Vous avez délégué à Mme Fructus la construction et la réhabilitation de logements; il semble qu’aucune préconisation thermique n’ait été jusqu’à maintenant réfléchie et exigée des promoteurs privés ou des bailleurs sociaux. On nous parle du quartier de Sainte Marthe comme exemplaire, mais en vérité il ne comporte pour le moment aucun projet innovant en matière énergétique; on se contente d’appliquer la réglementation datant de 2005. Pourtant les progrès sont nombreux en ce domaine et une nouvelle fois nous sommes en retard par rapport à la plupart des grandes villes qui conçoivent et bâtissent déjà des eco-quartiers.

Monsieur le Maire, alors que Electricité Réseau Distribution France sonne l’alarme, disant que des coupures d’électricité sont à prévoir au cours de l’hiver, alors que nous sommes obligés d’importer massivement de l’énergie, non seulement fossile, mais également électrique, alors que l’Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique a averti M. Borloo et le pays tout entier d’une note très lourde des effets du réchauffement, aucun signe d’envergure n’est donné pour le moment par votre équipe. Les intentions sont affichées, je le reconnais, mais les pratiques restent pour le moment les mêmes. Marseille seul ne changera pas le fil des choses, mais le volontarisme de tous et de chacun est nécessaire. Comme le disent Yaan Arthus Bertrand ou N. Hulot pour ne citer que les plus médiatisés : « il y a urgence ! »

Et hélas, les bonnes intentions ne diminueront pas les charges de nos concitoyens, seule une politique volontariste en matière de maîtrise de l’énergie et d’écologie au sens large permettra de contribuer, pour tous, à leur pouvoir d’achat.