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WANGARI MAATHAI, une femme d'exception

Bien sûr, les acquis existent ; le nier serait faire du mal au combat de ces femmes qui durant plus d’un siècle se sont battues pour le droit de vote, pour le droit au travail, pour le droit à une rémunération ne reposant pas sur le genre, pour le droit à la santé et la prévention sanitaire…

Aujourd’hui, en France comme dans de nombreux autres pays, les droits du Citoyen régressent, les lois liberticides progressent, et les femmes sont en première ligne des nombreuses régressions contre lesquelles nous nous battons : mais le modèle que certains voudraient nous imposer, un couple, deux enfants, une maison et son jardinet, la voiture devant le portail, la femme qui reprend un emploi lorsque les enfants sont élevés : ce modèle, né à la fin du XIXème siècle en Europe industrielle est bien celui que voudrait, aujourd’hui encore, imposer ces gouvernements et ces courants de pensée conservateurs, déconnectés des réalités sociales, sociologiques, culturelles et économiques, partout dans le monde…

Bien sur, nos savons toutes et tous que le gouvernement en place ne souhaite guère voir les femmes travailler en politique et siéger dans les diverses assemblées : l’exception confirmant la règle.
Bien sur, nous savons toutes et tous que l’organisation de la pénurie dans les hôpitaux entraine la diminution des possibilités d’IVG, la diminution des soins spécifiques en matière de SIDA, de gynécologie médicale par exemple : pas de reconnaissance de la notion de genre en matière de santé.
Bien sûr, nous savons toutes et tous que la pénurie et la recentralisation des collectivités locales vont entrainer une diminution des constructions de crèches et des écoles maternelles, des centres d’action sociale, maintenant les femmes à la maison, ou les obligeant au système D…
Bien sûr, nous savons toutes et tous que la pénurie des collectivités locales organisée par le gouvernement par la diminution de la taxe professionnelle va entrainer une diminution des charges de fonctionnement, des diminutions de personnel, et que dès à présent, les femmes sont les premières touchées.
Bien sûr, nous savons toutes et tous que la crise économique « oblige » l’organisation de la flexibilité du travail, les horaires coupés, les emplois très partiels, permettant au gouvernement de « tricher » sur les statistiques de l’emploi.

Bien sûr, nous savons toutes et tous, la liste est encore très longue, et elle ne pourrait se clore sans parler des femmes dans monde, dans les pays dits du Sud, de leur condition chaque jour plus dégradée par la pauvreté, le SIDA, les manques alimentaires et de soins, l’emprise religieuse chaque jour plus forte, les pressions culturelles ancestrales, les manquements grandissants dans l’enseignement et la formation, la montée d’un « esclavage » qui n’ose pas dire son nom afin de satisfaire les appétits des groupes semenciers, industriels ou pétroliers.

Que du connu, certes, mais si vite oublié.

Et qu’on me permette, une fois encore, de revenir sur ce qui est sur toutes les lèvres de ces messieurs, le développement durable, nouveau gage de modernité et de révolution, verte.

Oui, l’égalité de genre en termes économiques, c’est non seulement l’égalité de traitements entre hommes et femmes, l’accès à l’ensemble des professions... C’est la reconnaissance de la pénibilité du travail et des horaires décalés, pas seulement celle des industries lourdes, mais aussi celle des emplois de service, d’aide à la personne par exemple. C’est la reconnaissance du travail des conjointes dans l’agriculture, l’artisanat, la gestion des TPE. Mais c’est aussi la nécessaire proximité des fonctions dans la ville, qui permet à la femme comme à l’homme de travailler, de se loger, de faire ses courses et avoir des loisirs dans un périmètre permettant la diversité et le partage des tâches : pourquoi l’urbanisme est-il réservé aux hommes.
Oui, l’égalité de genre en termes sociaux, c’est d’abord l’égalité des salaires, c’est aussi la nécessaire parité dans les élections professionnelles. C’est la nécessité de la reprise des « fiches métier » dans leur ensemble et dans les conventions collectives, si peu actualisées malgré les changements profonds intervenus depuis 1946. C’est la reconnaissance sociale de l’ensemble des activités, professionnelles et domestiques, et donc, leur juste rémunération…
Oui, l’égalité de genre en termes environnementaux, c’est la nécessité de logements salubres et économes pour tous, et d’abord pour les familles monoparentales. C’est l’accès à une alimentation saine, issue de lieux de productions proches et respectueux des milieux naturels : faire baisser les couts en même temps que penser à l’avenir. C’est avoir une possibilité de mobilité pour chacun, un droit et une liberté acquis au cours du XXème siècle : pas seulement les déplacements pendulaires contraints (domicile – travail), mais également les déplacements de loisirs pour chacun.

Il ne s’agit là que de quelques indications, pour dire que la lutte pour les droits des femmes s’inclut dans le prisme du développement durable, pour dire que nous continuerons inlassablement à lutter pour les droits des femmes, et pour dire que cette lutte est celle de la Démocratie toute entière.

Nous n’acceptons pas les violences faites aux femmes.
Nous n’acceptons pas le non-respect des droits des femmes.
Nous n’acceptons pas le nivellement, l’uniformisation des standards sociaux.

Si les luttes féministes sont subversives, c’est parce qu’elles sont partie intégrante des luttes sociales, mais que, de surcroit, elles les transcendent par l’hommage et la revendication à la différence: et c'est pourquoi nous poursuivons, quotidiennement et partout, notre combat pour la liberté,l'égalité et la fraternité .