mairie M. Le Maire, Mes chers collègues,

Avec ce rapport, nous commençons à régler l’addition des « périmètres de restauration immobilière » et cette addition sera lourde pour notre ville et ses contribuables. Et puis, nous abordons la question du fonctionnement transparent et donc démocratique de nos institutions municipales.

Certes, en 1998, suite aux inquiétudes de l’opposition et des associations, vous avez donné une impulsion pour ces opérations PRI qui devaient requalifier le Centre Ville.

Certes, selon les chiffres de vos services, pour les PRI Centre Ville et Thubaneau, ont été dénombrés 5000 logements, le taux d’échec aujourd’hui est de près de 20%, et à ce jour, toujours d’après les services de la ville, seuls 1790 logements ont une réhabilitation achevée, soit 35%; au terme de 15 années écoulées.

Pour ce qui est du PRI Panier-Vieille Charité, les chiffres des services sont globaux puisqu’il nous est simplement dit que 79% des logements prescrits sont achevés ou en voie d’achèvement.

Bien piètre résultat, au total.

Et je n’aurai pas le temps, aujourd’hui, de parler de la qualité des travaux engagés. Je ne veux en aucun cas mettre en cause les artisans, mais je m’interroge sur les maîtres d’œuvre. A titre de funeste exemple, Monsieur le Maire, je vous rappelle l’arrêté de « péril et danger immédiat » que vous avez été obligé de prendre afin que le 13 rue de Chateaudun soit évacué en urgence le 10 juillet dernier, alors que l’immeuble avait fait l’objet de travaux financés dans le cadre du PRI ! Et la presse, la Provence comme les autres, nous relate régulièrement de tels évènements.

A plusieurs reprises, répondant à votre opposition, je vous cite, vous aviez réaffirmé « votre engagement pour un centre ville qui, pourtant, ne nous est pas favorable ». Mais Monsieur le Maire, chers collègues, comment peut-on accepter les conditions faites aux habitants, les modalités du relogement, les malfaçons de la réhabilitation, l’absence de services publics ; comment ne pas s’élever contre de telles gabegies financières, contre toute absence de contrôle, contre tout cet argent envolé ! Comment ne pas s’élever, également, contre une telle absence de projet urbanistique du centre ville. Arrêtons de confondre « construction et urbanisme » ! Et sans doute, celles et ceux qui ont véritablement profité de ces opérations, je ne veux pas parler des petits propriétaires occupants, mais des autres que M. Sanmarco, dans une intervention remarquée en 2007, n’avait pas voulu citer, puisqu’ils sont connus de tous, ceux-là n’ont jamais habité ni voté dans les secteurs des PRI !

Mais dans le rapport qui nous occupe, il s’agit de questions financières, des engagements financiers de la ville, au nom des Marseillais. Difficile, en effet, aujourd’hui, d’évaluer le coût global et donc pour l’Etat puisqu’il s’agit de défiscalisations ! C’est plus de 57 millions d’euros qui ont été investis par les contribuables marseillais, sur un montant global de plus de 119 millions d’euros, et pour quel résultat…

Et, alors que M. Sanmarco a laissé sa tête en pâture à Marseille Aménagement, aujourd’hui, cette même SEM ose nous demander une avance pour la poursuite de cette opération dont nous avons voté la clôture ? N’est ce pas un trop grand irrespect des citoyens que de leur demander, une fois encore, une subvention, fut-elle une avance sur opération ; alors que la précarité est croissante, alors que le bouclier fiscal est défendu bec et ongle par le président, alors que la taxe carbone a été répudiée au profit des lobbies énergétiques et industriels, alors que, dans le département, plus de 6000 chômeurs arriveront en fin de droit d’ici le mois de septembre, on nous demande une rallonge ? Heureusement, enfin, la Chambre Régionale des Comptes s’est saisie de ces opérations : qu’elle fasse son travail dans la sérénité, mais ne devrait-elle pas être supprimée par vos amis politiques ? et que Marseille Aménagement fasse le sien en toute transparence et en toute efficacité, c’est ce que demandent les habitants de notre ville.

Monsieur le Maire, vous avez été contraints, par notre règlement intérieur, d’accepter au mois de novembre dernier la création d’une mission d’information et d’évaluation sur ces périmètres. Malgré l’amabilité et la courtoisie de son président M. Moraine, cette mission a été volontairement neutralisée puisqu’elle ne s’est réunie qu’une fois, au mois de décembre. Je sais bien que toute votre équipe était totalement mobilisée par la campagne de M. Mariani avec le succès que l’on sait, mais je constate ici le peu de cas que vous faites de cet outil d’information et de transparence. On nous avait promis, pour la fin janvier un rapport de la Direction de l’urbanisme et de l’Habitat sur cette question. Ouf, nous a été communiquée une date de réunion, demain le 30 mars, et mieux encore, nous avons reçu vendredi 26 mars 2010 à 14 heures un très volumineux dossier comprenant des documents connus de chacun (ils sont classés, merci,) et le fameux rapport de la DGUH, soient 27 pages ; à croire que la relecture attentive par votre Cabinet en a été particulièrement ardue…

Une fois encore, M. le Maire, vos actes contredisent vos paroles. Nous avions été constructifs : nous souhaitions tout simplement faire une évaluation concrète des dispositifs PRI en terme de coût/efficacité. C’est une démarche normale que de nombreuses collectivités pratiquent sans problème et sans polémique, pour une meilleure démocratie citoyenne, mais cela ne semble pas pouvoir être le cas à la mairie de Marseille ! Et sans évaluation, comment poursuivre ?

Au lieu de « jouer la transparence » vous vous entêtez à freiner (je dirai même « saborder ») le travail de la première mission d ‘évaluation mise en place dans votre municipalité. Les élus (de la majorité comme de l’opposition), n’ont ils pas le droit d’examiner sereinement les effets des politiques qu’ils mettent en place ? Faudra-t-il demander une mission d ‘évaluation chargée d’étudier le fonctionnement (je dirai plutôt le non fonctionnement) de la mission d’évaluation des PRI ?

Avec de tels comportements, vous vous condamnez à vous confronter à une opposition frontale! Monsieur le Maire, vous avez comme nous tous entendu et analysé les résultats électoraux du 21 mars dernier. Je n’ose imaginer que vous n’en teniez compte. Et, dès à présent, pour agir dans plus de transparence, comme acte signifiant, je vous demande, M. le Maire, de prolonger la durée de cette commission au moins de 3 mois afin d’en ranimer le fonctionnement et que nous effectuions, avec les moyens nécessaires, un travail efficace dans la transparence et la concertation.

Nous voterons contre ce rapport.