Une visite au Comité d’entreprise
d’Arcelor-Mittal, sur la zone de Fos-sur-Mer m’a donné l’occasion de
m’interroger à plus d’un titre.
Les questions directement abordées avec les salariés ont touché deux
domaines immédiats, celui de l’emploi aujourd’hui, et celui de la pérennité de
l’unité sur ce site.
Concernant l’emploi :
o Aujourd’hui, les salariés ont été contraints d’épuiser tous leurs congés,
leurs RTT et ensuite, ont été mis en chômage technique sur 5 journées au cours
du dernier trimestre.
o Le nombre de départs volontaires non remplacés a entrainé ces dernières
années des réductions de personnel très importantes, près de la moitié, se
répercutant sur l’offre d’emploi sur le bassin de Fos. Départs à la retraite se
situant vers 57 ans, à mettre en relation avec la grande pénibilité du travail
des sidérurgistes.
o Cette réduction du personnel a entrainé simultanément une baisse dans
l’emploi des sous-traitants, dont le nombre a diminué très vite, de prés de la
moitié, entrainant là encore une augmentation du chômage sur tout ce bassin
d’emplois, essentiellement industriel.
o Autre conséquence et non des moindres : les pertes de compétence et
l’absence de transmission du savoir, alors qu’elles ont fait le fleuron de
l’entreprise Arcelor.
o Enfin, actuellement, 20% des personnes travaillant sur le site sont des
intérimaires, rendant la encore la question de la pérennité du site plus
d’actualité.
o Le seuil plancher du personnel est de 3000, plus les sous-traitants,
passés de 2200 à 1100 : on est actuellement à ce seuil plancher.
o En 2009, ce sont 549 personnes qui ont fait l’objet de départ volontaire,
remplacés par 70 nouveaux CDI en cours d’embauche, et des intérimaires, certes
souvent aussi compétents que les CDI, mais précarisés.
Concernant l’investissement du groupe sur le site de Fos
:
o un haut fourneau avait été refait, alors que le groupe était encore celui
d’Arcelor
o le deuxième haut fourneau, qui nécessite également une rénovation
complète, d’un coût de près de 90 millions d’euros, n’a fait l’objet à, ce
jour, d’investissements que de l’ordre de 6 millions d’euros, pour de la simple
réfection et maintenance. Ce deuxième haut fourneau « rouvrira », aux
dires de la direction.
o sans garantie sur les investissements, le personnel doute largement de
cette affirmation de la direction du groupe. Pour l’instant les investissements
relèvent plus du curatif, mais pas de la remise à neuf globale de l’outil de
travail, et donc, aujourd’hui il n’est pas question de réouverture du 2ème haut
fourneau. Il faut se rappeler que la réfection d’un haut fourneau n’entraîne
jamais de mise à pied pour le personnel.
J’aurais bien envie de poser quelques questions, alors même que j’ai bien conscience de la complexité de ce sujet.
Dans un cadre de mondialisation, les craintes des salariés, à savoir la
délocalisation des sites européens ou sur le Pakistan, ne sont-elles pas
fondées ?
60 % de l’acier est actuellement produit en Chine. Quid de l‘indépendance de la France, de l’Europe ? Aujourd’hui il reste 3 sites en France : Gondrange, si tristement célèbre par les évitements du président de la République vis-à-vis des luttes courageuses des salariés, plus Dunkerque et Fos-sur-Mer. Les coûts de main d’œuvre et la législation sur les droits du travail en Asie n’ont pas grand chose à voir avec l’existant en Europe, il semble également que la vie des personnes n’y représente pas grand-chose, tout au moins pour les employeurs.
Les exigences en matière environnementale sont actuellement inexistantes
;
Les débouchés d’Arcelor se déplacent : les entreprises utilisant l’acier, en particulier l’industrie automobile, se délocalisent en Asie.
Le gouvernement souhaite-t-il véritablement maintenir une industrie lourde
sur le territoire ; quelle est la réalité des propos du Ministre
Estrosi.
La localisation de Fos-sur-Mer répond bien à la réalité du marché mondial, puisqu’il se situe sur les grandes autoroutes mondiales de la mer, entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe avec l’entrée par le canal du Rhône. L’unité de production de Fos se situe sur un site certes fragile mais riche par son l’environnement. Mais il se situe aussi sur un site riche par ses hommes et ses compétences industrielles, nombreuses et performantes et diversifiées (raffinage, chimie, pétrochimie, sidérurgie), avec une histoire et un patrimoine industriel remarquables. Ce complexe industriel et portuaire, a aussi pu développer sa complémentarité et son dynamisme grâce au transport multimodal, qui nécessite toutefois de renforcer la compétence en matière de fret ferroviaire.
La question du bilan carbone de l’entreprise est un argument avancé par
certains en défaveur du maintien de l’unité, mais qui ne peut être
retenu : la France, afin de satisfaire ses entreprises très émettrices de
Gaz à effet de Serre dans le très court terme, a octroyé trop largement des
quotas de CO2 (selon les principes du protocole de Kyoto), ce qui fait que le
marché d’échanges du carbone n’a pu se développer à un taux intéressant.
Certes, l’activité des aciéries est très émettrice de CO2, mais par le système
proposé d’échanges qui avaient été prévus dans les accords de Kyoto (proposé
par les Européens), les quotas étaient là pour permettre un financement des
investissements en faveur de la réduction des émissions : en vendant ses
surplus de CO2, on obtient les financements pour l’amélioration des procès de
diminution des émissions. ce dont certains ont profité, largement, dans
d’autres pays d’Europe…
Est-il encore possible de parler d’activités industrielles lourdes,
d’aménagement du territoire dans le cadre national et européen, alors que les
ministères de tutelle restent de simples spectateurs des décisions des grands
groupes, qu’ils ne jouissent d’aucune écoute de la part des banques qu’ils ont
pourtant renflouées, qu’ils n’ont pas su faire autre chose que des grandes
phrases pour des accords à Copenhague ratés.
La compétence industrielle de notre département, de notre région n’est pas à démontrer. Seule, une volonté politique industrielle nationale et euro-régionale est à mettre en œuvre. Elle ne pourra se réaliser qu’accompagnée de la concertation, la négociation de l'ensemble des partenaires, Etat, industriels, Collectivités territoriales, habitants.
Mais au fait, Arcelor-Mittal n'a-t-il pas fait de larges économies, grace à la suppression de la Taxe Professionnelle. Et alors, n'est ce pas le moment de renégocier les investissements nécessaires à la remise en fonctionnement du 2eme haut fourneau ?